| médecin généraliste:premier témoin de la toxicomanie |
03-03-2010
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Les médecins généralistes: Premiers témoins de la toxicomanie Un médecin, généraliste dans les Ardennes, engagé à Enfance Sans Drogue constate : nous sommes en première ligne du traitement de la toxicomanie
Depuis dix ans, je reçois en consultation des toxicomanes. Mais je peux dire que la formation d' Enfance Sans Drogue que j’ai suivie en 2008 m’a ouvert les yeux sur la gravité de la situation j’ai réalisé que dans mon village, il y avait des gens qui se droguaient et qui vendaient de la drogue. Avant, je ne les voyais pas, j’étais comme tout le monde, car il y a un non-dit sur la drogue. Des comportements m’ont mis la puce à l’oreille ; par exemple, j’ai vu un jeune du village devenir rapidement très agressif (un changement de comportement surprenant chez lui que je connais depuis longtemps). Un soir, à 22h30, il roulait très vite et s’est arrêté chez un autre jeune connu pour être héroïnomane. A une centaine de mètres de chez moi, un système de «ruche» s’était mis en place; des tas de gens s’approvisionnent en quelques minutes et repartent immédiatement par des petites routes pour éviter les gendarmes.
Depuis que j’ai suivi la formation d’Enfance sans drogue, j’aborde systématiquement le sujet avec les jeunes que je rencontre. Ils ont tous dans leur cercle d’amis (collège, lycée par exemple) quelqu’un qui prend de la drogue et éventuellement en vend ; ils sont donc très sollicités. Bien souvent, ce trafic échappe à la vigilance des policiers: les gens font pousser du cannabis chez eux avec des lampes spéciales. « On n’ajoute pas de substance toxique, c’est bio», me disent-ils, sans penser que c’est la graine qui est un dangereux psychotrope. Puis ils se retrouvent chez l’un ou l’autre pour en fumer. Une de mes patientes m’a dit que son fils organisait des drogues parties: y viennent des jeunes de 20-30 ans, y compris des parents. Une femme a l’habitude de venir avec ses trois enfants, elle reprend le volant alors qu’elle est complètement défoncée Lors de la dernière réunion avec mes confrères, on était tous d’accord pour dire qu’un toxicomane pouvait trouver toutes les drogues qu’il souhaitait en dix minutes. Dans la sous-préfecture comme dans les villages. L’offre est à notre portéeCe ne sont pas forcément des marginaux qui sont toxicomanes contrairement à ce que tout le monde pense. La drogue concerne tout le monde, y compris des personnes insérées socialement, qui ont un travail, une famille…
J’ai reçu dernièrement un homme de 28 ans. Tous les samedis soir, c’est la défonce avec des copains (l’un d’entre eux fait pousser du cannabis à son domicile). Cet homme va être père d’une petite fille, conduit des engins de 80 tonnes sur des chantiers, et me dit qu’il a de plus en plus de mal à se concentrer au travail. Je lui ai conseillé un sevrage total La solution médicale traditionnelle utilisée pour arrêter la drogue est la substitution par subutex ou méthadone. J’en ai prescris pendant dix ans, en y croyant au départ, puis presque à contrecœur en voyant les résultats médiocres car certains de mes patients écrasaient le comprimé puis se l’injectaient avec des anxiolytiques. Ils se droguaient avec des produits sur ordonnance… Sur les conseils d’Enfance Sans Drogue, j’ai opté pour la solution du sevrage total. Il peut être prescrit aux toxicomanes qui se droguent depuis deux ou trois ans. Dans le cas de l’héroïne, on sort rapidement de la dépendance physique ; une semaine de sevrage est efficace. Par contre la dépendance psychologique demeure très forte. C’est pourquoi le rôle du médecin est capital sur ce plan-là, un travail de renforcement de l’estime de soi est capital. D’ailleurs on ne se s’occupe pas assez des jeunes surtout au niveau psychologique avec une perte des valeurs morales et spirituelles en France.
Je reçois actuellement un jeune de 20 ans : un jeune homme très bien, travailleur, sain. Suite à quelques tensions dans sa famille, il s’est mis à prendre de l’héroïne par voie inhalée. Il vient de perdre son emploi de machiniste agricole. Il pense que son licenciement vient du fait qu’il a été plusieurs fois en congés maladie ; je lui ai dit que son comportement avait changé et que son employeur l’avait perçu. C’est vraiment capital de les aider à faire le lien entre leur consommation et leur vie (fatigue, irritabilité, problèmes de concentration, échec scolaire et professionnel). Ils prennent peur et sont motivés pour arrêter. Ce jeune se droguait depuis un an et demi, il était temps d’envisager le sevrage
Pour les personnes qui se droguent depuis beaucoup plus longtemps Toute leur vie tourne autour de la drogue ; il faut les sortir de leur environnement. Je conseille un séjour dans un centre de sevrage, si possible un lieu spirituel comme le Cénacle ou La Communauté de Saint-Jean Espérance qui permettent au jeune de se restructurer. Leur vie est nulle, elle tourne uniquement autour de la drogue dans un climat sordide, ces jeunes le savent. Il y a tout un travail à mener au niveau de l’estime de soi ; un climat d’amour dans une ambiance familiale et communautaire va les aider à sortir de leur angoisse. Mais il faut savoir que plus la dépendance est forte, plus le sevrage est long et difficile. C’est pourquoi il est capital de faire de la prévention.
Il faut que les parents soient les premiers à parler de la drogue ; sinon c’est un "copain" du collège qui s’en chargera et il ne l’informera pas objectivement car son but sera de lui en vendre. Ils doivent dire que les drogues, y compris le cannabis, sont des psychotropes : ils agissent sur l’esprit, sur nos facultés mentales ; - le cannabis est la seule drogue qui se stocke dans les graisses et donc dans la substance blanche du cerveau où elle s'accumule expliquant le relargage à distance de la prise de drogues pendant plusieurs mois -
Ils doivent mettre en garde contre « les joints festifs » : on peut tomber sur des produits très dosés (de 14 à 30 % de THC*) qui ont les mêmes effets que l’héroïne. Il faut évoquer aussi la « demi-vie » du cannabis : il faut 4 jours pour éliminer la moitié du produit, 28 jours pour éliminer 90 %. On peut donc rester une semaine ou un mois sans fumer, et être sous l’effet de la substance. C’est pourquoi, j’insiste sur ce point, le joint festif est un piège ! Un autre argument est de dire que 60 % de l’échec scolaire est dû est la drogue ; c’est écrit noir sur blanc dans un rapport du Sénat publié en 2003.
* TetraHydroCannabinnol
Somnifères, anti-dépresseurs, anxiolytiques sont aussi des psychotropes.
La France est championne du monde pour la consommation de psychotropes ; si elles sont légales, ces drogues n’en demeurent pas moins dangereuses. Une raison qui m’a poussé avec neuf autres confrères, à mener une expérience visant à réduire les somnifères pendant deux ans, dont s’est inspirée la Haute Autorité de santé (HAS). Pour la moitié des patients, les somnifères ont été supprimés. On s’est rendu compte que le somnifère n’était plus indiqué. Une fois présentés les effets d’accoutumance et de dépendance, les gens étaient prêts à envisager un protocole de sevrage. Il faut réserver les psychotropes aux personnes ayant des pathologies psychiatriques, ou dans la période qui suit un choc émotionnel intense.
Il y a aussi un gros problème d’alcoolisme chronique en milieu rural. Ce problème est de plus en plus évoqué dans les médias, mais c’est la partie émergée de l’iceberg ; on ne parle pas de la drogue. Or les deux marchent souvent ensemble, avec des conséquences très graves : leurs effets ne s’additionnent pas, mais se multiplient en se potentialisant.
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